• Muriel Houssais

Méditer est un jeu d'enfants


Le philosophe et sociologue Frédéric Lenoir a conduit des ateliers philosophiques dans des classes d'écoles élémentaires et a fait précéder ces séances d'une courte méditation ou pratique de l'attention, pour que les enfants retrouvent leur réceptivité sensorielle et soient présents dans l'instant. Dans son dernier ouvrage, Philosopher et méditer avec les enfants (accompagné d'un CD, Albin Michel, 19,90 euros, 270 pages), il raconte cette aventure, explique les bienfaits de la méditation et donne des méthodes claires pour tenter l'expérience à la maison.


La méditation connaît un engouement grandissant depuis plusieurs années. Pourtant, c'est une pratique ancestrale. Pourquoi ce retour à la mode ?


Pour les adultes, cela fait une dizaine d'années que se développe la méditation de « pleine conscience » (« mindfulness » en anglais), notamment en France sous l'impulsion du psychiatre Christophe André. D'ailleurs, je préfère parler de « pleine présence », car l'objectif est précisément de ne pas penser, de lâcher le mental pour être attentif à ses sensations. Certains instituteurs ont eu l'idée de pratiquer avec leurs élèves, mais ce qui a popularisé le mouvement auprès des enfants, c'est véritablement le livre d'Eline Snel, Calme et attentif comme une grenouille (en 2012 pour la traduction française, ndlr). C'est le premier ouvrage destiné aux enfants, qui reprend les principes de la méthode, mais avec un vocabulaire particulièrement adapté, plus imagé.


Quels sont les principes de cette méditation ?


Ils reposent sur une laïcisation de la méditation bouddhiste. L'idée est de se mettre dans le silence, dans une position confortable. Aucun matériel n'est nécessaire : il suffit d'être présent à son corps, à sa respiration. On peut faire des méditations centrées sur les émotions, mais on en revient toujours à la sensation corporelle. Pas besoin d'y passer un long moment : au début, même deux minutes peuvent être suffisantes. L'idéal est de pratiquer tous les jours, quitte à ce que ce soit seulement une minute : ce sera bien plus bénéfique que dix minutes par semaine. Une séance peut se faire à n'importe quel moment de la journée : à l'école, de nombreux professeurs ont déjà adopté la méditation de pleine présence ; et aux Pays-Bas, tous les enseignants y sont même formés. À la maison, les enfants la pratiquent surtout avant d'aller se coucher.

Les enfants en redemandent, car cela les calme. Ils sont bien plus attentifs après.


À partir de quel âge cela peut-il être intéressant pour un enfant ?


Les tout-petits ne sont pas dans le mental, ils ne sont pas dans la pensée incessante. Ils sont davantage dans l'agitation physique, dans le mouvement : ils n'ont ni le besoin ni la capacité de pratiquer la méditation. Mais dès l'âge de six ou sept ans, les enfants pensent tout le temps à quelque chose, ils sont tout le temps sollicités, dans la réflexion, que ce soit à l'école ou à la maison, et ont du mal à quitter cette activité cérébrale. Ils doivent apprendre à lâcher le mental pour revenir dans leur corps.


Et concrètement, quels résultats peut-on attendre de ces séances de méditation ?


Je les ai moi-même expérimentées dans des classes de maternelle, jusqu'au CM2. Les enfants en redemandent, car cela les calme. Ils sont bien plus attentifs après. Après avoir vu certains élèves régulièrement pendant toute une année scolaire, je leur ai demandé combien d'entre eux avaient pratiqué la méditation chez eux, de manière spontanée. Le résultat m'a épaté : les deux tiers !

Tous les enfants sont philosophes ; ils ont une grande capacité à poser les bonnes questions sur le monde, sans a priori


Ils ont fait ça tout seuls, chez eux, sans disque pour les guider, sans personne ?


Absolument ! Il suffit de deux à cinq séances pour comprendre les principes généraux et pouvoir les reproduire chez soi. La plupart des enfants m'ont expliqué avoir eu recours à la méditation pour se calmer. L'idée est de lâcher toute l'agitation de son mental, pour être présent dans le moment. On y gagne de la relaxation, de la détente, de l'attention, bref : on se sent mieux. Car c'est dans les moments d'écoute de ses sensations que l'on sécrète de la sérotonine et de la dopamine, les hormones du bien-être. Bien sûr, la méditation n'est pas la seule façon de les synthétiser, mais cela peut être une bonne méthode !


Dans les classes que vous avez visitées, vous vous êtes appuyé sur la méditation de pleine présence pour aborder la philosophie avec les enfants. Sont-ils réellement capables d'aborder un tel questionnement à l'école élémentaire ?


Aristote disait que la philosophie commence avec l'étonnement. L'étonnement conduit au raisonnement, et donc à l'interrogation. Tous les enfants sont philosophes ; ils ont une grande capacité à poser les bonnes questions sur le monde, sans a priori. On n'a pas besoin de faire d'histoire de la philosophie pour philosopher : il suffit de faire circuler la parole, et de pousser le raisonnement.


Mais il faut tout de même que les enfants soient guidés dans leur réflexion par un spécialiste...


Pas du tout ! Cela peut se faire très simplement, par groupe de quatre ou cinq enfants, chez vous. Il faut simplement qu'ils parlent et qu'ils argumentent. On peut bien sûr s'aider de matériel, des fiches par exemple, pour avoir des pistes de réflexion et relancer le débat s'il patine. Mais les enfants peuvent avoir des débats passionnants. Ils retrouvent d'ailleurs souvent par eux-mêmes de grandes notions de philosophie.


Source : http://www.lepoint.fr/societe/mediter-est-un-jeu-d-enfants-30-04-2017-2123822_23.php#xtor=CS2-259

#MéditationdePleineConscience #Scolarité #Emotions #Sommeil

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